02 juillet 2009

Notes #2

Rah, que c'est bon !

Ça fait un moment que je suis le blog de BOULET grâce au flux RSS, petit gadget bloguistique dont je suis adepte. J'en fais de même d'ailleurs avec de nombreux blogs BD, photo, bouquins dont certains sont parmi les liens à droite de votre écran. ->
:)

Ce qui me plaît énormément chez Boulet, c'est la très grande variété de son talent : variété du dessin tantôt inspiré par les mangas, tantôt par les graphic novels, tantôt par la BD belge... la plupart du temps un peu tout ça en même temps, je crois. Variété également des registres, des ambiances : posée, philosophique à certains moments, joyeuse ou simplement énervée à d'autres.

Boulet fait preuve non seulement d'une très forte maîtrise technique, mais aussi d'une capacité à savoir doser ses ingrédients. En bref et pour lâcher les gros mots, Boulet a des allures d'artiste accompli. Il faut donc profiter de son talent sans attendre. Bizarrement, les notes du blog depuis quelques temps ne me faisaient plus autant d'effet, peut-être parce que je suis un peu blasé, peut-être parce que certains (s)trips de Boulet ne sont pas ma tasse de thé.

C'est là que la publication en volumes papier prend tout son intérêt ! Même après avoir déjà lu tous les billets de son blog, ces "notes" écrites sur la partition entonnent une musique nouvelle. Car Boulet s'est ingénié à coudre toutes ses disparités à l'aide d'un fil conducteur qui lui permet de réintroduire ses archives : c'est l'histoire de son séjour malheureux dans la Creuse pour un festival BD. Grâce à cela, la lecture devient une redécouverte et reste toujours appétissante : 222 pages qui se dévorent goulûment.

L'élève Boulet n'a pas que d'excellentes "notes", mais sa copie est parfaite. Vivement que je mette la main sur les autres tomes !
:)


222 pages, coll. Shampooing - 16,90 €
Le Blog de Boulet est par ici : www.bouletcorp.com

13 juin 2009

L'Orgasme on s'en fout

Guillaume, du site Babelio, m'a encore fait une bonne farce : parmi les titres que j'avais cochés dans l'opération "Masse critique" il a choisi de me faire parvenir... ce titre provocateur de Sophie BRAMLY. L'auteure est la créatrice du site web www.secondsexe.com (avec un "-e" à sexe, sinon vous tombez sur un portail de cul, rien à voir... ) et compose ici un manuel orienté vers un lectorat féminin. Mais après tout... "j'aurais adoré être ethnologue", comme dirait Margaux Motin.

Je dois l'avouer, l'a priori et la lecture des premières pages ne m'ont pas permis d'aborder cette lecture sous de bons hospices. Le découpage des chapitres a quelque chose de trop scolaire : l'auteure veut aborder sa question de façon encyclopédique en touchant à toutes les facettes de la sexualité : biologie, arts, médias, gynécologie, histoire... Ne s'imposant spécialiste d'aucun domaine, elle donne un moment l'impression de nous refourguer ses fiches de lectures, un véritable pensum(*).

Je persévère. Mes lectures précédentes pour la "Masse critique" avaient été décevantes, j'ai la pression. J'en ai marre de décevoir Guillaume et de compromettre la participation des éditeurs à ce petit jeu non rentable. Et puis l'éditeur, parlons-en : une belle écriture féminine a glissé dans les premières pages du livre un marque-page qui me promet "Au plaisir de vous lire". Gasp !

Plus sérieusement, c'est par cette notion de plaisir que j'entre vraiment dans la lecture curieuse de ce livre. Les cinquante premières pages passées, sorte de préliminaires qui auraient pu me refroidir définitivement, le discours devient plus clair et plus juste, comme s'il s'était agi de définir d'abord les termes du discours pour que le discours puisse enfin toucher son but au terme de cette entrée en matière peu réjouissante. Le plaisir, donc. Qu'est-ce ? Une réalité ou un mythe qui nous monte la tête ? Selon Sophie Bramly le culte du plaisir, véhiculé en particulier par les médias, joue un vilain jeu : celui de la performance. On nous montre à profusion des hommes et des femmes au physique parfait et l'on nous tease, on nous aguiche et on nous pousse à la confidence : "es-tu un bon coup ?", "est-ce que tu sais faire ce truc qu'ils (elles) aiment, est-ce que tu pratiques cette technique qui les rend fous (folles) ?"

Du vent. Car Sophie Bramly le prouve pas à pas, chiffres, enquêtes et témoignages à l'appui : il n'y a que le désir qui vaille. Sans désir point de salut... et point d'orgasme non plus, quoi qu'en disent les magazines qui se vendent en vendant une image mensongère de la sexualité. Page après page, chapitre après chapitre, l'auteure se fait à mon sens de plus en plus pertinente. Et de plus en plus impertinente aussi, comme lorsqu'elle fait l'éloge des sex toys par exemple, alors qu'en France l'achat de ces joujous est une pratique encore ultra minoritaire (elle ne l'est pas dans les pays anglo-saxons ni dans les pays nordiques). Comme, aussi, lorsqu'elle laisse parler des femmes de divers âges, diverses classes sociales, qui nous racontent comment elles scénarisent leur vie sexuelle pour la rendre plus palpitante, plus excitante, plus bandante quoi.

L'orgasme, on ne s'en fout pas du tout... mais on pourrait, c'est bien vrai, en rabattre un peu sur le culte daté du "Jouir sans entraves" et revenir à ce qui nous donne vraiment envie, et même envie d'avoir envie comme dirait un chanteur suisse en pré-retraite.


254 pages, coll. Fetjaine (éd. La Martinière) - 15 €
(*) : en même temps, Simone De Beauvoir ne faisait pas autre chose dans le premier tome du Deuxième Sexe, même en écrivant mieux
Une lecture féminine de ce livre est ICI

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

23 mai 2009

Seul dans le noir

Je viens tout juste de finir la lecture du dernier roman de Paul AUSTER paru en français : Seul dans le noir. Un aller/retour en voiture, quatre heures de route et hop ! Avalé.

Avalé bien vite, pas dévoré non plus. L'histoire principale est celle d'August, 72 ans, écrivain sans ambition et sans gloire. Il a recueilli chez lui chez lui sa fille Miriam, 47 ans et sa petite-fille Katya, 23 ans. Tous trois sont des blessés de la vie, mais ce monde étrange continue de tourner.

August, c'est lui qui est seul dans le noir. Pendant que Miriam et Katya dorment à l'étage, lui reste assis avec sa jambe en vrac, il a pour compagne l'obscurité du dedans, ses hantises, son désir aussi que Katya se sorte du pétrin. Il se prend pour Dieu et doit savoir que l'un des deux fut sauvé, probablement.

Les premières lignes et les premières pages sont écrites dans un style très épuré. Le texte avec sa ponctuation est mélodique, presque incantatoire. J'avais entendu Paul Auster faire la lecture de ces premières pages à la radio et je dois avouer que cela m'avait hypnotisé. J'avais filé aussitôt acheté le bouquin.

Cette tension stylistique va de pair avec la construction rigoureuse de l'action principale, celle qui nous raconte l'histoire d'August, de Miriam et de Katya. De Sonia, de Titus, de Virginia Blaine pourquoi pas... mais la tension se relâche, trop vite à mon goût, et nous voilà entraînés dans un monde parallèle où les Etats-Unis d'Amérique se livrent une guerre civile. Un monde qui n'existe que parce que Giordano Bruno a déclaré qu'il pouvait exister. Un monde qui n'existe que dans la tête d'August Brill.

Chaque personnage est attachant, y compris les personnages inventés par August Brill : Brick, Flora, et la fameuse Virginia Blaine. Et puis Paul Auster en fait de belles personnes, avec tous leurs défauts et leurs blessures et leurs espoirs déçus. De fait, Paul Auster mêle ici tous les ingrédients qu'on aime retrouver dans ses romans : la confrontation des générations, l'idée d'un homme qui arrivant à la fin de sa vie dresse une sorte de bilan, l'expérience du deuil raconté avec une sorte de bienveillance au regard de la vie, l'idée que la réalité est illusion, ou bien qu'il y a plusieurs réalités coexistant ensemble, et que certaines personnes ont l'étrange pouvoir de glisser de l'une à l'autre. Et puis Brick est magicien, le petit nom d'August est Augie... on se sent en terrain connu, même quand on n'a pas tout lu de l'auteur.

Il n'empêche : voilà Paul Auster obnubilé par le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak, par les prises d'otages et les décapitations retransmises sur Internet... Je ne suis pas sûr que ces sujets soient ceux qu'il maîtrise le mieux et, s'ils peuvent donner lieu à une œuvre littéraire, je suis à peu près sûr qu'il ne faut pas se contenter d'adopter à leur égard le simple point de vue du spectateur, ni susciter du même coup la compassion du lecteur pour les victimes. Si Paul Auster se rendait à Bagdad ou à Kaboul pour renverser le point de vue et nous raconter avec le même talent de romancier la vie de trois générations irakiennes ou afghanes bouleversées par exactions de l'armée américaine, cela m'intéresserait beaucoup. Pour le moment, il garde les deux pieds sur le sol américain et sa critique de l'administration Bush reste convenue et superficielle. Je connais assez peu Paul Auster et son œuvre, mais j'ai l'impression qu'il se sent obligé de témoigner de ces conflits de civilisation, et pour ma part je trouve dommage qu'il ne veuille pas rester à l'échelle individuelle, où il excelle.


182 pages, éd. Actes Sud - 19,50 €

10 mai 2009

La Colline des Anges

Raymond DEPARDON et Jean-Claude GUILLEBAUD sont de vieux amis, qui ont quitté le Vietnam ensemble en 1972. Guillebaud manie le texte, Depardon l'image. 20 ans plus tard, en 1992, aucun magazine ne les a invités à y retourner. C'est pourtant ce qu'ils ont fait.

Pour l'amateur du beau texte et des belles images, La Colline des Anges ressemble au livre parfait : Guillebaud use d'une langue riche pour poser des ambiances, transcrire des bruits et des parfums, faire resurgir des souvenirs. Aussi le texte ne se résume-t-il ni à un Je me souviens, ni à une réécriture d'A la recherche du temps perdu : il témoigne d'une expérience présente avant tout. L'image comme le texte appartient à ce que l'on pourrait appeler du "reportage humaniste", à ceci près qu'il ne s'agit pas simplement d'objectiver le Vietnam, mais de s'objectiver ayant vécu au Vietnam, revenant au Vietnam, constatant que d'anciens G.I. y reviennent aussi pour reprendre leurs vieilles habitudes de nababs, observant que les vietnamiennes sont toujours prises pour des prostituées congénitales, les vietnamiens pour des gagne-petit du commerce.

La découverte d'Hanoi, ancien berceau du Communisme vietnamien, est un choc pour Guillebaud, Depardon et leur interprète férue de culture occidentale. C'est la ville où tout le Vietnam arrive à son paroxysme : les rues sont pleines, animées, les gamins jouent et chahutent, les jeunes femmes sont belles et circulent à vélo, les maisons se refont une beauté, les passants sourient, sont chaleureux, accueillants. Le texte de Guillebaud, meilleur dans la critique que dans l'éloge, le dit moins bien que les photos de Depardon : Hanoi en 1992, c'est le Vietnam en devenir. La ville qui a su rester Vietnamienne sans occulter pour autant l'avancement du reste du monde et de ses valeurs. Un compromis, équilibre difficile après seulement 20 ans.

Ce tome contient probablement les plus belles photos de Depardon que j'aie jamais vues. Et pourtant je commence à connaître mon sujet...


271 pages, coll. Points - 9 €

05 avril 2009

(BD) Trésor

Trésor, ça commence comme Les Demoiselles de Rochefort et ça se termine comme une histoire de l'Oncle Picsou. Cette BD de Lucie DURBIANO, en sélection officielle à Angoulême 2009, est publiée dans la collection Bayou.

Les couleurs sont franches et plates, le trait me rappelle Seth, l'auteur de La Vie est belle, malgré tout. Le tout est léger comme une aventure des 4 as adaptée pour les adultes, et l'épilogue est bienvenu pour ne pas terminer la lecture sur une note trop futile.

Le pire est que je me suis laissé prendre sans broncher dans l'histoire de cette recherche de trésor : il y a des statuettes à rassembler, l'héroïne est amoureuse de deux hommes, le deuxième homme est amoureux de deux femmes, le papa archéologue n'est pas bien loin... non, ce n'est pas un remake de L'Homme de Rio avec Jean-Paul Belmondo et Françoise Dorléac. Dommage car alors ça serait mieux rythmé et plus dépaysant. C'est tout simplement une sorte de suite de Orage et Désespoir, autre BD de la même auteure.

Je regrette le côté très vieille France de cette chasse au trésor. Les personnages sont des caricatures, du physique jusqu'aux sentiments : il y a la blonde fatale, le comptable à lunettes encore vierge, la midinette en mini-jupette, le bellâtre aventurier...

Pour résumer, j'imagine que vous vous laisserez prendre comme moi à la lecture de ce téléfilm facile à lire. Mais une fois la dernière page tournée, vraiment, il ne m'en est pas resté grand chose... Si le volume ne m'avait pas été offert, j'aurais regretté mon achat.


106 pages, coll. Bayou - 16 €